Centenaire

1912-2012, Centenaire de la codification
du Jeu de Quilles de Huit : petit historique

(Texte de Jacques Regourd, Président du Comité National
des Quilles de Huit, Vice-Président de la F.F.B.S.Q.)

1912-2012 : Les Quilles de Huit, Jeu et sport traditionnel, ont 100 ans. Comme dans toute la France rurale, la pratique du jeu de quilles en Aveyron trouve ses origines probablement au haut moyen âge.

Sa présence est attestée, plus tard, par une ordonnance de police qui à Rodez, en 1609, interdit tous les jeux publics « tant que le divin service se célèbre es éqlises de la présente ville les jours de dimanche et festes, permettant les autres jours les jeux de quilles et de paumes comme licites sans escandales toutefois ».

À Rodez encore, en 1792, un arrêté municipal interdit « de jouer aux quilles sur le tour de ville pour prévenir les dégradations que les joueurs font aux promenades ou pour laisser les promenades libres. »

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De 9 à 8 quilles

Vers 1900, on joue beaucoup aux quilles dans le moindre village. Le matériel utilisé, les unités de mesure comme les règles d’ailleurs, varient légèrement d’une région à une autre. Tous les artisans du bois, et ils sont nombreux à l’époque (menuisier, charpentier, sabotier, charron, tonnelier, etc.) sont sollicités pour la confection de quilles plus ou moins hautes, plus ou moins ventrues ou galbées, ou de boules plus ou moins rondes. On n’est pas trop regardant sur la qualité !

En Aveyron, comme dans la plupart des départements limitrophes, le jeu à 9 quilles, à même la terre battue, était le plus pratiqué. Les jeux à 9 quilles consistaient à abattre, à l’aide d’une boule, des quilles dressées en carré de 3 rangées de trois. Les distances de tir n’étaient pas fixes, c’était le meneur de jeu qui en décidait. On jouait le plus souvent à la « vingt et une » ou à la « trente et une », score qu’il fallait atteindre sans le dépasser. On jouait également « à mettre », c’est-à-dire que le meneur de jeu imposait des figures à réaliser, des quilles à abattre, des façons de lancer la boule, etc.

Dans la région d’Espalion, l’une de ces figures consistait « à prendre quille » en ne laissant que 8 quilles debout et en utilisant la neuvième comme projectile, propulsé par la boule.

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La Solidarité Aveyronnaise et la Codification

Il faut ici souligner le rôle prépondérant que vont jouer Les Aveyronnais émigrés à Paris pour l’unification et la codification des jeux de quilles ; la coexistence de différentes façons de jouer, richesse au plan local, constituait un handicap pour la pratique du jeu de quilles dans la capitale, lors des rassemblements annuels organisés par les puissantes amicales regroupant les personnes originaires d’un même village.

En 1911, puis en 1912, leur rassemblement eut lieu à Viroflay, près de Versailles. Les Aveyronnais réunis au sein de la « Solidarité Aveyronnaise », se résolurent à codifier (*) le jeu pour permettre des rencontres entre originaires de villages différents ; la plupart d’entre eux provenant du Nord-Aveyron, il est compréhensible que ce soit la « mode espalionnaise » qui ait prévalu sur toutes les autres. Au pays, on appellera ce jeu « à la parisienne » ou encore « le concours », par opposition aux autres façons de jouer qui se maintiendront jusqu’au milieu des années 50.

Les quilles de huit étaient nées, bien que l’usage exclusif du terme de « quilles de 9 aveyronnaises » se soit maintenu jusqu’à la création de la Fédération Française des Sports de Quilles en janvier 1957 (découvrir les règles du Jeu).

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L’évolution de la pratique

Pendant plusieurs décades, la rivalité fraternelle entre rouergats restés au pays et « parisiens » demeurera un vecteur de maintien de la pratique du jeu de quilles. Au pays, pendant ce temps et notamment au début des années 30, en l’absence de tout organisme de coordination, le jeu de quilles perd de son aura et périclite, essentiellement en raison de combinaisons douteuses des organisateurs de concours, qui s’arrangent pour enlever les lots mis en jeu. La création d’une structure sportive en 1936 permettra d’éviter la disparition des rencontres inter-villageoises.

La pratique ludique reste dominante et prévaut largement sur le « sport », qui s’exprime dans le cadre d’un championnat de l’Aveyron appelé « fanion », qui réunit les plus acharnés des pratiquants sur 3 journées seulement. La guerre de 1939-1945 n’interrompra pas totalement les concours. Il n’en demeure pas moins que l’on ne donne pas cher de l’avenir des quilles, avec quelque 400 pratiquants, à la fin des années 50. C’est ainsi que Jacques Bousquet, directeur des archives départementales, écrit, dans la revue du Rouergue en 1957 : « il faudrait se hâter d’en noter les règles… pour satisfaire la curiosité des historiens à venir ».

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Une activité sportive en plein essor

Contrairement à toute attente, la « sportivisation » d’une part, le retour des quilles dans les écoles d’autre part, à partir de 1972, la féminisation enfin, à partir de 1980, vont inverser le processus à tel point qu’aujourd’hui le sport de quilles de huit occupe la 2ème place des disciplines sportives pratiquées dans le département, après le football. En 2011, les quilles de huit ce sont 4550 licenciés, dont plus de 900 jeunes de moins de 18 ans, 780 féminines, plus de 100 clubs répartis dans 7 départements (Aveyron, Haute Garonne, Hérault, Lozère, Paris, Tarn, Tarn et Garonne), une moyenne d’âge de 34 ans, 55 écoles de quilles, 150 animateurs fédéraux, 140 arbitres officiels, deux salariés à plein temps dont un conseiller technique fédéral, des championnats de haute tenue, un amateurisme total et une convivialité à toute épreuve qui en font la deuxième discipline de la FFBSQ.

2012 marquera donc le « Centenaire de la Codification » et le Comité national des quilles de huit se doit en conséquence de célébrer cet évènement, et de partager les manifestations qui seront organisées à cette occasion à la fois avec les 7 autres disciplines de la Fédération, avec les autres jeux et sports traditionnels qui, dans toute l’Europe, ont survécu au rouleau compresseur de la mondialisation, et avec tous ceux qui se dévouent pour les promouvoir, depuis les joueurs, en passant par les dirigeants, les partenaires et les institutionnels ; Il a choisi d’en situer les temps forts au cours du mois d’août, du 3 au 5 d’abord, à Rodez et dans son agglomération, autour du championnat de France par équipes (le 5 août), à Espalion ensuite, autour du championnat de France individuel du 12 août.

(*) En effet, c’est à l’issue d’une réunion tenue le 6 juin 1912, que les membres du conseil d’administration de la « Solidarité Aveyronnaise », créée et présidée par le Docteur Ayrignac depuis 1907, ont adopté le règlement établi par 3 jeunes « solidaires », Garric, Plagnard et Quintard pour le Grand Championnat du jeu de quilles programmé le 23 juin suivant à Viroflay avec pour enjeu « La Coupe de la Solidarité ».

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